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Quand le trail et le handicap ne font qu’un

Hegoak Mendian

ITW de Thomas De Peyrecave fondateur de l’association Hegoak Mendian

« Tous le monde doit pouvoir s’évader le temps d’une course »

Voici le portrait de Thomas De Peyrecave, fondateur de Sokorritzaileak euskadi (Le pays basque) l’association des traileurs secouristes. Ce boulimique de travail et passionné de trail ne s’arrête pas là. Il vient de créer une association de trailers, porteurs de joëlette. L’association a pour but de permettre à tous de pratiquer le sport dans nos montagnes.

Aujourd’hui, nous mettons en valeur cet homme au grand cœur qui nous parle de cette dernière-née :   Hegoak Mendian (les ailes sur la montagne).

LPT : Bonjour Thomas, merci de nous consacrer un peu de ton précieux temps. Peux-tu te présenter à nos lecteurs ?

TDP : À bientôt 40 ans je suis père de 3 enfants : Mattin, Esteban et Eneko et marié à Maïder ma petite femme formidable. Je suis passionné de sport en général et de trail en particulier. Depuis 4 ans, je pratique ma passion au Pays Basque, mon pays de naissance et où je vis.

HEGOAK MENDIAN

Je préfère le trail de montagne

Je ne suis pas un vrai compétiteur dans l’âme. Bien sûr, comme tout le monde j’aime bien améliorer mes temps sur les courses, mais je ne recherche pas à les exploser. Je cours pour le plaisir avant tout et me retrouver en hauteur, le plus souvent seul.

J’ai toujours avec moi, mes affaires de trail qui me permettent de courir quand je veux où je veux. C’est à l’instinct. Travaillant au pied des montagnes, cela aide. Je ne souhaite pas être en club car je n’aime pas que l’on m’impose des heures, avec un programme défini.

Bref j’aime me retrouver seul avec moi-même pour m’entrainer, ou avec des amis. Je ne suis pas un sauvage non plus. En effet, le trail c’est aussi de belles rencontres, des copains, des apéros, la liberté et le partage.

HEGOAK MENDIAN

LPT : Peux-tu nous présenter ton association Hegoak Mendian ?

TDP : Alors déjà ce n’est pas MON association, nous sommes 3 à l’avoir créée avec Brigitte, l’izard des montagnes et Marco le Massey Fergusson.

C’est une association de joëlettes, « chaise roulante aménagée » qui permet d’amener les personnes en situation de handicap, absolument partout en montagne, ou sur route aussi bien sûr.

Dans le Sud-Ouest, la quasi-totalité des associations de joëlettes sont créées par des parents dont les enfants sont en situation de handicap. En général, c’est pour des sorties sur le bitume et les sentiers facilement accessibles.

Avec notre association, nous souhaitons porter un maximum de personnes différentes, en situation de handicap, principalement en montagne. Nous souhaitons aussi partager notre expérience avec un maximum de coureurs. Il s’agit de faire découvrir aux traileurs cette façon de partager les montagnes, courir autrement.

HEGOAK MENDIAN

LPT : Pourquoi avoir créé Hegoak Mendian ?

TDP : Hegoak Mendian a vu le jour pour l’Euskal Trails l’année dernière, sur le format 2×25 km/2500D+, nous étions 10 à courir.

Avec Brigitte et Marco, nous ne voulions pas que cette aventure s’arrête là. Nous avons donc créé en janvier, une véritable association à but non lucratif afin de pérenniser le projet.

Nous souhaitons amener une joëlette, tout au long de l’année, sur toutes les montagnes du Pays Basque, sur des sommets où l’on en a jamais vu, et pourquoi pas au-delà, que ce soit en courses ou entraînements. Même dans les lieux qui semblent impossibles, quand on veut, on peut.

Tu vas me dire, mais pourquoi faire tout cela ?

Je trouve que le trail évolue. Les mentalités changent un peu. C’est devenu un tel phénomène de mode que l’on retrouve les marques et les sponsors partout. Même le plus petit des évènements, non officiel local, est sponsorisé. Il en faut bien sûr. Sans eux il est difficile d’organiser des courses, mais ils sont partout.

Les trails sont de plus en plus complets des mois à l’avance. Tous les coureurs ont le doigt sur le chrono avant le départ et sur la ligne d’arrivée. Beaucoup d’entre eux cherchent à montrer qu’ils sont meilleurs que l’autre. On affiche les résultats personnels et des clubs sur les réseaux sociaux.

HEGOAK MENDIAN

Je trouve que cela devient l’escalade au mépris de la sécurité et de la prévention. Mais ce n’est bien sûr que mon avis, heureusement il en faut pour tous les goûts.

 Je comprends très bien les performeurs et compétiteurs. Ils ont du mérite de s’entrainer comme des malades, mais je ne m’y retrouve plus beaucoup.

Quand je prends un dossard, c’est pour découvrir de nouveaux sommets, je prends le temps de regarder le paysage, profiter et d’échanger avec les bénévoles.

Courir avec une joëlette m’apporte vraiment autre chose.

Quand tu amènes quelqu’un en haut, le sourire, les échanges avec la personne c’est immense. On court tous ensemble, on fait corps porteurs et porté.

C’est une leçon de vie que tu prends à chaque fois.

Même dans la douleur tu rigoles, les personnes qui participent aux courses joëlettes vivent le trail autrement.

Pouvoir amener une personne en situation de handicap à 1500 mètres d’altitude. Voir un levé de soleil, c’est magique.

Tu apprends tellement auprès d’eux c’est un partage qui te prend aux tripes. C’est tout cela que l’on recherche avec notre association, partage et solidarité. Chacun a sa raison bien particulière, dans cette association, pour participer à l’aventure. Ce n’est pas une critique du trail que je fais, c’est juste, ma façon de penser envers ce sport. Ce constat ne sera peut-être pas partagé, et tant mieux, cela ouvre les discussions.

HEGOAK MENDIAN

LPT : Quels sont les objectifs de courses pour cette année 2020 ?

TDP : Comme je te le disais, on va faire des sorties, tous les mois, sur des évènements ou trails officiels.

En commençant par le Pays Basque, et pourquoi pas plus loin. Le plus difficile est de trouver des traileurs, surtout sur les gros parcours. Même un excellent traileur « ramasse » en joëlette. C’est physique, il faut être aguerri. Il faut avoir du cardio et un peu de physique, mais quoiqu’il arrive le groupe te porte et te donne des ailes.

On fera tous les types de trails de 10km à beaucoup plus. Le premier gros objectif sera les 22 et 23 mai pour l’Euskal Trails à Baigorri au Pays Basque bien sûr !

Nous avons inscrit notre joëlette sur le 2×40 km et 4000D+. Pour ceux qui ne connaissent pas ; 40km/2000D+ le vendredi, et idem le samedi sur un autre parcours.

Cela n’a jamais été fait sur cette course, on inaugure, du coup beaucoup de préparation organisationnelle et physique. Nous sommes sur le même parcours que les coureurs valides, nous avons donc organisé des reconnaissances du tracé, et on a quasiment fini.

J’en profite pour remercier Gaby, qui fait partie de l’organisation de l’Euskal Raid. Il nous accompagne sur toutes nos sorties de reconnaissance afin de nous montrer le chemin. Ce mec est une machine, à 56 ans il peut te porter la joëlette tout seul en mode sac à dos, toujours avec le sourire, toujours un mot sympa, bref un mec unique, en or.

Je remercie aussi les organisateurs de l’Euskal Raid. Ils nous permettent de faire cette aventure et nous aident. L’Euskal Trails est énorme en terme d’organisation. Ils gèrent comme des pros car on leur a donné un souci en plus avec notre joëlette.

Un immense merci de nous permettre d’en faire rêver d’autres.  D’autres organisateurs de course nous contactent pour nous inviter tout au long de l’année, donc on va aviser au fur et à mesure.

HEGOAK MENDIAN

LPT : Quel est le retour des organisations de course lors de votre venue ?

TDP : Mise à part une course qui ne souhaitait pas de joëlette, sans rentrer dans les débats je ne comprends pas, bref, les autres accueillent toujours le projet à bras ouverts.

Je dirais même plus, car je tiens à rajouter que la quasi-totalité nous offre les dossards. Quand on connaît le tarif d’une course comme l’Euskal trails, on va courir à presque 20, ils offrent absolument tout, avec les mêmes conditions que les autres coureurs.

La plupart nous aident et demandent ce qu’ils peuvent faire pour nous aider dans leurs courses. C’est génial tout le monde apprécie les joëlettes, donc pour la réponse les retours sont excellents, merci à tous, que cela continue.

HEGOAK MENDIAN

LPT : Tu es un ancien sapeur-pompier de Paris, des valeurs où l’humain est au cœur du métier, est-ce une sorte de retour aux sources ?

TDP : …. Non pas forcément un retour aux sources, je dirais une continuité. J’ai toujours aimé l’associatif. Avant, j’ai été bénévole en tant que secouriste et formateur à la Croix Rouge, la Protection Civile et la SNSM depuis mes 16 ans.

J’aime ce milieu, aider les autres, cela fait peut-être un peu cliché mais c’est pourtant vrai. Si tout le monde donnait un peu son temps, sans attendre en retour, ce serait top, mais on me dit souvent que je vis dans un monde de bisounours.

 Et comme je te l’ai dit, quand tu pousses une joëlette, c’est ceux qui sont dedans qui te donnent une leçon de vie. Cela te remet les idées en place, tu vois la vie autrement et mesures que tes problèmes n’en sont finalement peut-être pas.

Pour Sokorritzaileak c’est encore autre chose, permettre d’identifier les secouristes sur une course c’est sécurisant.

Faire des formations qui sont orientées sur le trail c’est génial, les gens sont demandeurs.

Avec la mode du trail, sur les pistes, tu retrouves des coureurs mal préparés, des coureurs de tous les âges. Avoir un maximum de secouristes sur les pentes permet de faire le tampon entre le poste de secours officiel et les traileurs secouristes.

Bref je pourrais t’en parler des heures, le projet est immense, mais cette association permet de combiner 2 passions qui sont le secourisme et le trail.

Pays basque

LPT : Tu es papa de 3 garçons, comment gères-tu ton temps entre la vie de famille, professionnelle et les deux associations ?

TDP : Je ne suis pas fini comme mec et n’ai pas le gaz à tous les étages. Comme je ne suis pas tout seul dans ma tête, c’est donc facile, à plusieurs la fête est plus folle.

Je vais être honnête, ce n’est pas toujours de tout repos, mais quand on veut, on peut. Je n’aime pas dire que je n’ai pas le temps. Quand on le souhaite vraiment, le temps on le trouve. Je suis quelqu’un qui vit à 100 à l’heure, j’ai beaucoup de mal à me poser sur un canapé, sauf devant un match de rugby.

Je suis en permanence branché sur du 380 volts, je marche vite, je parle vite, je mange vite… Mais je ne cours pas vite, je ne sais même pas comment vous faites, peut-être à cause de mes jambes courtes. Je fais tout cela avec un mot d’ordre : la famille d’abord.

 J’ai toujours refusé que ma famille ramasse à cause de mes passions. C’est aussi pour ça que j’ai levé le pied, dans l’APE de l’école et que j’ai arrêté d’être éducateur de rugby. Mes enfants ont chacun 2 activités, dans lesquelles je souhaite qu’ils s’épanouissent donc il faut suivre.

Mais je n’arriverai pas à faire tout cela sans ma petite femme qui est mon moteur depuis que j’ai 16 ans. Elle me supporte tous les jours et m’a toujours encouragé. Ce n’est pas facile, je la kiffe. Comme dans tous projets il suffit de se donner des priorités. La vie est courte il faut profiter.

LPT : Que peut-on te souhaiter pour l’avenir de tes 2 associations ?

TDP : Pour Sokorritzaileak, que l’on arrive à faire prendre conscience au plus grand nombre de traileurs que la sécurité, la prévention et le secourisme dans le trail ce ne sont pas que des mots, c’est primordial, surtout dans les trails de montagne.

Il faut changer les mentalités, penser entraide et solidarité. Avoir un peu de matos de secourisme dans le sac c’est top, mais on est dans une époque où les coureurs pèsent le moindre gramme pour leur matos. Et arriver à former plus de personnes en Premier Secours adapté à la pratique du trail en montagne.

Sokorritzaileak

Pour Hegoak Mendian, déjà avoir le financement pour acheter notre propre joëlette. Aujourd’hui d’autres associations locales nous en prêtent.

 On cherche des partenaires, des donateurs, des personnes qui souhaitent nous aider, mais je sais que l’on va y arriver.

Ensuite qu’un maximum de traileurs répondent à nos sollicitations, lorsque l’on cherche des coureurs. On sait que lorsqu’ils auront essayé, ils reviendront.

Pour l’Euskal on est en train de créer un super groupe avec un super état d’esprit. On sait qu’on a déjà gagné des coureurs réguliers.

Et le top du top que les personnes en situation de handicap nous appellent pour nous parler de là où ils souhaiteraient aller. D’eux-même s’ils souhaitent voir un lever ou un coucher de soleil, monter sur telle montagne ou faire telle course, que l’on réalise leurs rêves.

Thomas De Peyrecave

Itw Ping-Pong

Si je te dis :

  • Pays Basque : le paradis avec nos montagnes, l’océan, notre langue, notre gastronomie, nos sports, nos coutumes, notre monnaie, nos fêtes, nos villages, nos paysages et notre forte identité.
  • Trail : liberté et évasion.
  • Rugby : passion, copains, apéros, on se chambre et oméovox / miel car j’ai plus de voix après un match.
  • Compétition : j’étais un énorme compétiteur quand je jouais à la Pelote Basque plus jeune, donc à l’époque je t’aurais dit rigueur, sérieux et entrainement. Mais maintenant je la laisse aux autres, je veux juste prendre mon pied, je ne me prends plus au sérieux depuis un moment.
  • Euskal trail : Formidable organisation sans failles de l’Euskal Raid, course splendide qui malgré les presque 4000 coureurs reste à taille humaine. Pas de village de marque dans ce petit village à forte identité, et des paysages époustouflants.
  • Sokorritzaileak : Forcément géniale, le top c’est mon asso. Blague à part ce concept n’existait pas à ma connaissance, je peux me tromper, mais longue vie aux traileurs secouristes.
  • Hegoak Mendian : Entraide, passion, magie, partage, à chaque fois inoubliable.
  • Une bière : la fin d’une souffrance ? toujours un bon moment car je ne partage l’apéro qu’avec les personnes que j’apprécie. Avec modération bien sûr.

Pays basque

Je souhaiterais, si tu le permets, juste ajouter une chose très importante pour moi. Tu mets en valeur notre association, et je t’en remercie. On entend toujours des éloges sur les personnes qui poussent une joëlette, ou montent ce genre d’association, mais pour moi les guerriers ce sont les personnes qui sont dedans.

Viens passer 4h dans une joëlette dans la montagne tu comprendras vite, ils sont secoués, ballotés, penchés violemment, et ne se plaignent jamais.

Je peux te garantir que si tu mets une bouteille d’orangina dedans, la pulpe elle ne restera pas au fond, un grand bravo à eux.

Un immense respect pour Yvann c’est un mec extra, hors norme, qui nous accompagne dans la joëlette, à chaque sortie que l’on a fait cet hiver. Même dans le froid, la neige et le vent il n’a jamais rien dit et en redemande, le grand fou.

Il a même fêté son anniversaire avec nous à 1500 mètres d’altitude, sur le mont Adi lors de la dernière reco. Il sera avec nous pour 40km à l’Euskal Trails, un profond respect pour ce mec.

Merci à toi Mathieu de nous aider à travers cette ITW, et à très vite.

Merci à toi Thomas pour ce moment, c’est toujours fort en émotions de rencontrer et mettre en avant des gens de valeur qui offre le temps d’une épreuve sportive un peu de bonheur aux autres. Nous ne manquerons pas de suivre les aventures de l’association.

Agur eta zorte on

Contacter l’association
Le site des trailers secouriste

 

 

 

À propos de MATHIEU JESEQUEL

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